"Professionnel engagé", ce sociologue a accompagné la création de plusieurs conseils citoyens dans la périphérie de Bordeaux. Il revient pour conseilscitoyens.fr sur cette expérience, en particulier sur les méthodes qui permettent d'accompagner les conseils vers l'autonomie.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

La participation citoyenne, Mehdi Hazgui en a fait son credo. Ce sociologue consultant basé à Bègles, près de Bordeaux, a animé plusieurs ateliers de développement social local, a accompagné des centres sociaux dans leur demande d’agrément et de diagnostics sociaux et a cofondé l’Atelier Laïcité qui propose notamment des conférences participatives et de l’accompagnement de projet autour de la laïcité et de la citoyenneté en France. Son affinité pour les démarches participatives l’a naturellement amené vers les conseils citoyens. Le plus souvent, ce sont les collectivités qui font appel à lui. C’est comme cela qu’il a accompagné 5 conseils citoyens en deux ans : 3 sur Pessac et 2 sur Bègles.

Mehdi Hazgui se définit comme un « professionnel engagé » qui agit par conviction : « il me semble qu’une démarche partagée avec tous ceux concernés, ça donne des projets et des démarches plus durables et respectés. » Il parle aussi de la « curiosité du sociologue » qui doit, selon lui, faire et pas seulement penser. Ce qui l’intéresse c’est être au service d’actions pour rester au plus près de la réalité des quartiers.

Sa mission ? Préparer le conseil citoyen afin qu’il devienne autonome. « Il faut travailler en amont pour bien préparer les habitants. Ils ont besoin de sens, de cadre, de moyens…La clé c’est de les amener à organiser leur propre indépendance », explique-t-il. La première phase préparatoire se fait en trio : Mehdi Hazgui, avec le service en charge de la politique de la ville et l’élu, réalisent des diagnostics sur les démarches existantes dans la ville. Ils identifient toutes les instances avec lesquelles le conseil citoyen pourrait travailler, comme le conseil de développement durable sur Pessac.

Les collectivités n’ayant souvent pas le temps ou les compétences de mobiliser les citoyens, le sociologue consultant s’occupe également de la logistique de départ. « Tout l’enjeu est de mobiliser les habitants et de les convaincre de l’intérêt de participer au conseil citoyen. » Et quand Mehdi Hazgui parle d’habitants, il parle de tous les habitants : « je suis intraitable sur cette question : s’il y a 950 habitants sur un quartier, il y aura 950 courriers envoyés informant de la création du conseil citoyen. » En trio, ils vont concevoir des affiches et des flyers qui seront distribués aux résidents. Camille, sa stagiaire en sociologie, est, elle, allée directement à la rencontre des Béglais. Cette stratégie se révèle payante : trois jeunes de moins de 20 ans font désormais partie du conseil citoyen.

La démarche de Mehdi Hazgui est basée autour de la construction et de la concertation collective. Après avoir rassemblé les membres du conseil citoyen, « l’étape 0 » comme il l’appelle, consiste à « faire groupe, se connaître, envisager l’autre comme un collègue ».  Il « aime quand les gens parlent », procède à des tours de table et les fait partir de leur expérience sur le quartier puis de leurs intentions. Il utilise des techniques « pas franchement révolutionnaires mais qui fonctionnent bien, comme aller boire un verre ensemble. » « En fait, pour être un groupe il faut faire des choses en groupe, » résume-t-il. C’est selon lui le plus difficile et le plus long.

Ensuite, le cadre est décidé collectivement. Tous ensemble, ils décident de la manière de travailler, d’intégrer des nouveaux membres, de communiquer auprès des gens du quartier…Les conclusions sont rédigées, pour laisser une trace.

Une fois le cadre posé, comment récolter la parole des habitants ? Comment faire remonter leurs besoins ? Mehdi Hazgui a expérimenté plusieurs outils avec les conseils citoyens de Pessac : des cafés citoyens, des questionnaires remis aux habitants, des urnes de quartier… « L’essentiel c’est de ne pas parler à la place des habitants, c’est pourquoi j’accompagne aussi le conseil citoyen sur cette récolte. »

Pour réussir à « créer sa propre disparition », Mehdi Hazgui a moins de 6 mois. Sa méthode consiste à « enraciner » le conseil citoyen sur son territoire. Il organise des temps de rencontre et d’information entre conseillers citoyens et différents chargés de projets en lien avec le quartier. Par exemple, « un temps d’échange avec le ou la chargé(e) du programme de réussite éducative, qui existe sur la plupart des quartiers politique de la ville, permettra au conseiller citoyen de s’impliquer lorsqu’il sera invité à leur réunion. » Et ainsi de se faire une place au sein de différentes instances. Mehdi Hazgui précise néanmoins : « Le conseil citoyen doit se faire une place sur son territoire mais pas seulement ; mon travail est de donner un rôle au conseil citoyen. » Leur rôle c’est selon lui « cette capacité d’interface entre les habitants et les pouvoirs publics. »

Quand sa mission se termine, la question de l’ « après » se pose. Malgré une perte de forces vives, les conseils citoyens accompagnés par Mehdi Hazgui s’autogèrent aujourd’hui, et sont toujours dans l’action. Le conseil citoyen Saige à Pessac est en lien avec un cabinet d’études pour un projet de rénovation urbaine, celui de la Châtaigneraie travaille sur la lutte contre l’illettrisme. « Le conseil citoyen a une double force : celle d’être la chambre d’échos du quartier et de pouvoir frapper à la porte du préfet, » conclut Mehdi Hazgui.  

Pour aller plus loin:

Le compte twitter de Mehdi Hazgui

Cliquez ici pour télécharger le flyer de présentation des conseils citoyens de Bègles

Cliquez ici pour télécharger le flyer de présentation des conseils citoyens de Pessac

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