Le constat fait l'unanimité: il y a peu de jeunes dans les conseils citoyens à l'heure actuelle. Rencontre avec l'un des plus jeunes conseillers de France, Philippe Alabau, habitant de Vienne en Isère, qui explique les raisons de son engagement.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

Philippe Alabau, étudiant à Lyon II en troisième année de psychologie, habite à Vienne depuis toujours. Il y a deux ans – à seulement 19 ans - il rejoint le conseil citoyen de la Vallée de Gère. C’est son père – membre depuis la création du conseil – qui lui en a parlé : « Il y avait déjà un jeune dans le conseil citoyen. Mon père m’a proposé de prendre sa place lorsque le conseil a décidé de l’exclure et j’ai accepté car ça m’intéressait de savoir ce qu’il se passait dans ma ville. »

Philippe n’en est pas à son premier rodéo. Il a fait partie du conseil municipal des élèves et a travaillé à de nombreuses reprises pour la mairie de Vienne. Pendant quelques temps, il a travaillé le samedi à la médiathèque de sa ville et il commencera dans une semaine un stage en tant que chargé de recrutement pour la commune. « Je suis fier de ma ville, je l’aime beaucoup, explique-t-il. Je crois aussi à un monde plus juste. D’où la raison de mon engagement. J’y ai vécu toute ma vie et j’aimerais pouvoir changer des choses. »

FAIRE BOUGER LES CHOSES, A SON ECHELLE

Un de ses « héros, » c’est son grand-père. Décédé avant sa naissance, il ne l’a pas connu. Mais son engagement l’inspire fortement et lui a donné envie de suivre ses traces: « C’est un immigré espagnol qui est venu en France suite à la dictature franquiste. Il s'est engagé dans la Résistance française activement et a survécu à deux guerres en tant que combattant ainsi qu'à un emprisonnement dans un camp. Malgré tout il a gardé sa joie de vivre et a toujours été gentil avec tout le monde. C'était quelqu'un de l'action, je n'ai pas l'intention de dire que nos combats sont les mêmes mais j'essaye de faire bouger les choses à petite échelle en suivant un peu ses pas. » Le conseil citoyen s’avère alors une opportunité pour agir, à l’échelle de sa ville.

Dans ses priorités : plus de sécurité. Des caméras de sécurité ont été mises en place mais se sont faites vandalisées peu de temps après. « A chaque réunion du conseil citoyen, on passe quinze minutes sur cette question. C’est un gros problème. Le procureur de la république a participé à une de nos réunions mais il a expliqué qu’il ne pouvait rien faire car il n’y avait aucune plainte déposée. J’aimerais qu’avec le conseil citoyen on fasse une action collective pour rassurer les gens et encourager les principaux concernés à porter plainte. Seulement, dans le conseil citoyen on n’est pas confronté aux mêmes problèmes car tous les membres n’habitent pas le même quartier. »

Philippe déplore une perte de dynamisme dans le conseil depuis qu’il l’a rejoint. L’année de sa création ils étaient une quinzaine. Ils sont maintenant 7 membres actifs. « Il y a un problème de dialogue dans notre conseil, raconte-t-il avec une apparente maturité. Il y a un problème d’écoute, certains s’éparpillent, il y a un manque de productivité. Du coup on stagne et on arrive à rien sortir de concret. Et puis il y a eu du découragement suite au refus de la mairie d’un projet sur lequel on a travaillé pendant plusieurs mois. On voulait mettre en place des ralentisseurs en forme de crayons à proximité d’une école avec un panneau « ralentissez, école ! » Un conseiller avait même réalisé un montage Photoshop pour présenter à quoi ça ressemblerait. L’élue n’a pas vraiment cherché à comprendre, a refusé et est partie. Le conseil citoyen a ressenti une grande injustice. » Malgré la déception et le sentiment de frustration, le conseil citoyen est reparti sur un nouveau cap : des ralentisseurs 3D. L’étudiant insiste également sur les efforts de la mairie pour maintenir de bons contacts avec le conseil : « à chaque réunion, il y a un agent de la mairie qui a pour seul rôle de transmettre à la municipalité ce qui s’est dit et inversement, de nous faire un point d’information sur les actualités des projets de la commune. La mairie tente aussi de s'engager dans le conseil puisque notre maire compte assister à notre réunion dans deux semaines pour comprendre pourquoi notre motivation a baissé. Je pense que le sujet des panneaux de signalisation va forcément être amené ! De plus, après que le maire de la ville a assisté à l’une des réunions du conseils afin de répondre à nos questions et attentes, il fut décidé qu'il assisterait une fois par an à une réunion du conseil. » 

COMMUNIQUER : UN MOT D’ORDRE

Le conseil citoyen de la Vallée de Gère est le plus grand des conseils alentours et aussi un modèle. « Les conseils citoyens de Lyon et de Malissol, un quartier de Vienne, sont venus voir comment on fonctionnait, car ils sont encore plus en retard que nous ! Ça c’est valorisant. Quand même, on arrive à exister un petit peu,» concédera-t-il. Le jeune viennois apporte également sa pierre à l’édifice pour améliorer la communication interne. Il a créé un groupe Facebook pour que les conseillers citoyens échangent plus facilement. N’étant pas rompus à Facebook, il leur a fait une petite formation pour leur apprendre à utiliser le réseau social.

Celui qui dit détestait « ceux qui ne font pas d’efforts pour communiquer » aimerait justement avoir plus de contacts avec les habitants : « Nous faire connaître auprès des résidents c’est très important. Avant l’été, nous avons fait une réunion publique qui a rassemblé 30 personnes, mais ça n’est pas suffisant. On vient de terminer notre logo, ce qui aidera peut-être à nous identifier. J’ai un projet qui me tient à cœur qui est une boîte à question pour les habitants. Je pense qu’on va réussir à l’avoir. » Car pour le jeune homme, le rôle du conseil citoyen est « d’informer les citoyens. Nous sommes le premier intermédiaire entre la mairie et les citoyens. On permet de synthétiser leurs demandes et leurs problématiques. »

Philippe regrette également un manque de dialogue entre les jeunes et la police locale. « En fait, il n’y a pas vraiment d’avenir pour les jeunes viennois. C’est plutôt un lieu de passage ici, pas un lieu où on habite. Je pense que le conseil citoyen n’attire pas vraiment les jeunes car nous n’avons pas une image dynamique, on fait plus de réunions qu’autre chose. Mais si je devais conseiller à un jeune de s’engager, je dirais que par le conseil citoyen, les jeunes peuvent être de vrais acteurs de leur quartier. »

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