Les conseils citoyens n'existent pas qu'en Métropole, ils sont plusieurs centaines à avoir été également installés dans les quartiers prioritaires des départements d'Outre-Mer. Coup de projecteur sur le conseil citoyen de Volga Plage à Fort de France en Martinique, exemplaire en termes de dynamisme et de participation citoyenne.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

Le conseil citoyen de Volga Plage à Fort de France en Martinique est exemplaire en termes de dynamisme et de participation citoyenne. Un de leurs secrets ? un passif fort d’auto-organisation avec la création en 2007 suite à l’ouragan Dean qui ravagea les Antilles et aussi le quartier Volga-Plage, les habitants se sont auto organisés pour porter les premiers secours et la solidarité populaire s’est aussitôt mise en place, ce fût la première pierre d’une structuration de la dynamique citoyenne du quartier. La suite s’est accélérée après la crise de 2009 qui a abouti sur la création du collectif Volga Plage Territoire Responsable, dont plusieurs membres du conseil citoyens sont issus. Anicet Soquet, coordinateur de ce collectif et porte-parole du conseil citoyen est l’un d’eux.

Lorsqu’Anicet Soquet raconte l’histoire du conseil citoyen Volga Plage à Fort de France, il ne part pas de la loi Lamy de 2014 mais de l’Ouragan Dean et de la crise de 2009 qui a frappé les Antilles françaises. En effet, si l’Ouragan Dean a été une véritable catastrophe pour les Antilles, cela a aussi permis à ses habitants de prendre conscience de leur vulnérabilité et dépendance aux services publics. Ce sentiment s’est renforcé lors de la crise de 2009. Pendant un mois et demi, une grève générale « contre la vie chère » a paralysé tous les secteurs, privés comme publics, en Guadeloupe et Martinique. « Suite à ces crises, on a compris qu’il fallait s’organiser et construire les réponses nous-mêmes, détaille Anicet Soquet. C’est comme ça qu’habitants et associations locales ont décidé de créer le collectif Volga Plage Territoire Responsable. L’idée c’est de s’organiser pour faire face aux difficultés et changer l’image du quartier pour améliorer son attractivité et son développement social et économique. D’une part, en développant le lien social et en valorisant l’identité locale à travers le festival des berges. D’autre part, en encourageant la participation citoyenne à travers des tables de concertation des habitants avec notamment la participation des associations et des entreprises. »

La démocratie participative est donc déjà bien engagée à Volga Plage lorsqu’en 2014, les conseils citoyens sont créés par la Loi Lamy. Le ministre avait d’ailleurs fait une apparition à Volga Plage, où le collectif avait présenté sa démarche – innovante et prometteuse en termes de dynamiques citoyennes sur un quartier prioritaire. Le collectif a engagé un vrai travail autour de la mise en place du conseil citoyen en 2015 : les habitants ont organisé des réunions publiques dans les rues, médiatisées par la presse locale.

Une fois constituée, le conseil citoyen a à cœur que l’instance soit la plus démocratique possible : « Dans notre charte, nous avons inscrit le principe de démocratie comme fondamental, raconte Anicet Soquet. On a décidé que pour chaque question importante, comme la gestion de l’environnement, la régularisation des occupants sans titre, le transport, etc. on réunirait notre assemblée locale d’habitants et qu’à la suite de ça, on ferait un vote en se prononçant au nom de la population. Et les décisions doivent être votées à l’unanimité si la participation n’est pas massive (moins de 30 personnes). C’est une manière de procéder qui fait sens pour nous. »

UNE MOBILISATION ET UNE PARTICIPATION CITOYENNE A TOUTE EPREUVE

Depuis 2011, le Collectif Volga Plage Territoire Responsable a initié un projet de développement économique et social du quartier par l’aménagement des berges de la Rivière Monsieur. De cette dynamique est née une démarche novatrice de participation citoyenne, Par ailleurs, l’Agence des cinquante pas géométriques a mené des études sur l’aménagement de l’ensemble du quartier Volga Plage. Forte de son expertise sur le sujet, la Ville de Fort-de-France a donné mandat au Conseil citoyen de Volga Plage afin qu’il anime la concertation avec les habitants sur le projet d’aménagement du quartier. Cette concertation s’est déroulée du 4 novembre 2016 au 4 mai 2017. Elle a donné lieu à un rapport de bilan, dans lequel apparaissent les différentes préoccupations des habitations et notamment la régularisation foncière et l’amélioration de l’habitat, comme priorités majeures. En effet, le quartier est principalement résidentiel. Or, le parc de logement est un parc vieillissant et 64,4% des constructions sont dans un état dit « médiocre mais remédiable ».

Le conseil citoyen a mis en place un forum tous les 15 jours sur les thématiques définies comme priorités dans le diagnostic partagé avec la ville. Sur chaque point, il y a eu une séance de travail avec la population et un vote pour chaque proposition. Entre 50 et 200 personnes se sont déplacées à chaque forum.

Pour réussir à mobiliser les habitants, le conseil citoyen a frappé fort : campagnes de communication sur Facebook, voitures sonorisées pour annoncer les forums, affichages dans le quartier et des militants associatifs et des services civiques qui ont été frappé aux portes pour distribuer des flyers. « La difficulté au départ c’est que les gens ne connaissaient pas forcément le conseil citoyen mais ils connaissaient le collectif Volga Plage Territoire Responsable, développe le porte-parole du conseil. A chaque nouveau forum, on prenait le temps de présenter le conseil citoyen Volga Plage et d’expliquer notre rôle. » Aujourd’hui, deux « permanents » sont venus renforcer les bancs du conseil citoyen. Leur rôle principal étant d’informer la population sur les différents projets du conseil citoyen et d’assurer l’animation sociale et citoyenne du quartier. Une bonne recette pour maintenir la mobilisation de la population locale !

Leur implication dans le quartier ne s’arrête pas là. Les forums et le rapport qui a suivi ont poussé le conseil citoyen à « explorer les pistes prioritaires. » C’est alors qu’ils décident de créer l’Agence de Développement Locale de Volga-Plage (ADLVP), une association avec 5 collèges (Habitants, associations, financeurs, conseil citoyen, salariés) qui porte leur projet RESILIENCE.

Premier chantier : la lutte contre l’habitat indigne. Le moyen d’action ? Une OGRAL (Opérations Groupées d’Améliorations Légères de l’habitat) à 3 dimensions : technique, sociale et collective… C’est-à-dire un projet élaboré collectivement par les partenaires et dans lequel les foyers s’impliquent aussi bien dans les travaux, dans la mobilisation de leur entourage sur le chantier que dans les pistes d’accompagnement social proposées (régularisation du statut d’occupation, mise en place d’un atelier chantier d’insertion, intervention sur les situations précaires…).

Deuxième chantier : le ravalement de l’ensemble des façades du quartier, pour les habitats et les espaces de convivialités comme les espaces verts. L’agence de développement local a mis en place un chantier d’insertion pour ce ravalement. Ce projet est un « levier pour le développement social et l’emploi. » Car s’il répond aux besoins prioritaires de rénovation urbaine, le conseil citoyen agit en même temps sur les questions socio-économiques dans un territoire où le taux de chômage des jeunes atteint 76%.

SE FORMER ET INFORMER

Le secret pour une telle implication des conseillers ? Une bonne compréhension des enjeux, selon Anicet. « Une montée en compétence est essentielle pour comprendre toutes les problématiques et dispositifs existants autour d’une thématique – celle du logement par exemple. En tant que conseillers citoyens, nous avons participé à des formations, à des séminaires, nous avons rencontré des consultants…Tous les lundis matins nous avons un ‘bureau projets’ où des techniciens des collectivités, de l’Etat, des administrations locales, ou des associations spécialisées viennent nous éclairer sur différents sujets. Nous on s’est heurté aux pratiques traditionnelles de la ville. On est sur une dynamique à deux vitesses : celle de l’administration qui a des processus fastidieux et notre réalité qui est parfois insupportable et nous pousse à l’action. Il nous faut aussi être le moins dépendant des élus et des logiques clientélistes, la participation citoyenne doit prendre sa place. Ensemble, on peut parfaitement s’organiser et mettre en place des méthodes de travail plus inclusives. »

Pour le conseil citoyen Volga Plage, l’engagement s’applique aussi aux entreprises privées du territoire. « Nous étions 4-5 représentants du conseil citoyen à aller rencontrer les grandes usines autour de Volga Plage. On les a mobilisées sur leurs responsabilités sociétales (la RSE). On leur a dit que s’ils utilisaient de la ressource et qu’ils généraient du profit, leur dynamique économique devait aussi bénéficier au territoire, au développement de la vie locale. Pour le moment, il y a deux grandes entreprises qui ont accepté de participer financièrement, » explique Anicet Soquet. 

Pour le porte-parole du conseil citoyen « le plus dynamique de l’île » (la Martinique en compte 4), la clé d’un conseil citoyen dynamique, autonome et indépendant c’est de « faire ce qu’on dit, quitte à faire peu et dire ce qu’on fait. La capacité de communiquer est extrêmement importante. Se former et informer, ce sont les deux bases ! » Et de bien faire attention à son rôle de conseiller citoyen : « Les actions concrètes sont portées par les associations locales. Nous on est dans la dynamique citoyenne : on accompagne l’expression du ‘génie populaire’ ! »

Pour aller plus loin:

La page Facebook du conseil citoyen Volga Plage

Un article de presse sur la "marche de l'émancipation citoyenne" organisée par le conseil citoyen

Le flyer de présentation de la démarche de concertation enngagée par le conseil citoyen au printemps 2017

La charte du conseil citoyen

 

 

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