Mme Rochdi est vice-présidente du Grand Besançon, conseillère municipale déléguée en charge de la politique de la ville. Elle revient pour conseilscitoyens.fr sur le rôle joué dans son territoire par les conseils citoyens.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

Pouvez vous nous présenter les conseils citoyens de Besançon ?

Les conseils citoyens ont été mis en place dans le cadre du contrat de ville du Grand Besançon. Ils sont concentrés sur 5 quartiers en politique de la ville. Sur les 5 conseils citoyens, deux sont réellement actifs : celui de Palente/Orchamps et celui de Planoise. La difficulté sur les autres conseils citoyens est la mobilisation des habitants, il y a encore une dynamique à trouver.

Comment travaillez-vous avec eux ?

Nous sommes dans une relation de confiance et de co construction. C’est une volonté politique que les habitant.e.s soient présent.e.s comme co constructeur.rice.s du contrat de ville car c’est eux.elles qui ont l’expertise d’usage. Puis c’est le cadre de la loi. Les conseiller.e.s citoyen.ne.s sont associé.e.s à toutes les démarches, toutes les rencontres : le comité de pilotage et les réunions du contrat de ville, les diagnostics en marchant pour identifier les dysfonctionnements sur le quartier… ils.elles font aussi le lien entre les habitant.e.s et les collectivités. Ils.elles prennent aussi l’initiative d’inviter des structures locales à leurs réunions comme le procureur, le préfet, la police nationale et municipale et les élus locaux pour parler des problèmes de tranquillité sur le quartier. Ils.elles cherchent des solutions aux problèmes identifiés.

En quoi le conseil citoyen est important pour vous en tant qu’élue et pour la commune ?

Pour moi, en tant que vice-présidente du Grand Besançon en charge de la politique de la ville, la place des citoyen.ne.s est très importante. Quand on réfléchit à un projet sur la ville, on ne réfléchit pas pour mais avec l’habitant.e. C’est lui.elle qui comprend le besoin, qui a l’expertise d’usage. Si on ne fait pas avec, le projet reste hors sol. Les projets co construits sont des projets préservés. Ils assurent au citoyen un cadre de vie convenable.

Quelles limites voyez-vous ?

Mobiliser sur des projets d’intérêt général c’est compliqué car le.la citoyen.ne voit souvent d’abord ses intérêts individuels. Faire comprendre cette démarche n’est pas facile mais quand les habitant.e.s voient les résultats de certains projets, qui touchent à son environnement, ça peut lui faire comprendre que ça touche aussi son intérêt personnel et lui donner envie de s’engager.

Quels sont les ingrédients d’un conseil citoyen qui fonctionne bien ?

De façon générale, un conseil citoyen qui fonctionne et qui dure c’est un conseil citoyen où il y a des personnes ressources qui sont moteurs et qui fédérent. A Palente/Orchamps, on a la chance d’avoir un habitant leader qui a compris que le citoyen pouvait avoir un impact sur son territoire et qui est allé chercher d’autres habitant.e.s.

Un conseil citoyen qui marche n’est pas forcément dans le nombre mais dans l’efficacité. Il fait lien entre les collectivités et l’ensemble des habitant.e.s. ; il parle au nom de tous les habitant.e.s, pas seulement des membres du conseil, et les défend devant les institutions en cherchant des solutions objectives avec nous.

Je ne l’ai pas mentionné tout de suite car ça me paraît évident mais la question de confiance entre le conseil citoyen et les élus est essentielle. On doit être dans une relation de collaboration : on est là pour l’intérêt général des concitoyen.ne.s, on n’est pas là pour défendre son projet mais celui des citoyen.ne.s.

Que diriez vous aux élu.e.s qui n’ont pas cette vision là et qui sont réticent.e.s à coconstruire avec les habitant.e.s ?

Les conseils citoyens ne sont pas considérés partout de la même manière. Besançon c’est une ville qui historiquement a connu la participation citoyenne à travers les conseils consultatifs d’habitants. Sur d’autres territoires c’est plutôt nouveau. Je pense que la plupart des élu.e.s ne sont pas contre la participation citoyenne, ils.elles se demandent plutôt où placer le curseur. A quel niveau faut-il aller consulter les citoyen.ne.s ? Au moment du projet ou quand les problèmes sont déjà définis ? En théorie, la loi a résolu le problème car l’objectif des conseils citoyens c’est de co construire. Le mieux c’est vraiment de consulter en amont, en faisant attention de ne pas les sursolliciter car il ne faut pas oublier que les conseiller.e.s citoyen.ne.s sont certes élu.e.s mais bénévoles.

Comment voyez-vous l’avenir de la démocratie participative ?

Il va falloir développer de plus en plus la démocratie participative dans les politiques publiques. Les citoyen.ne.s ont besoin d’être associé.e.s, entendu.e.s, informé.e.s. Il faut de plus en plus mettre l’habitant.e au cœur des discussions, des projets, pour pouvoir construire avec lui des solutions. Sinon la relation de confiance ne peut pas s’instaurer et ça ne fonctionnera pas. La participation citoyenne n’est pas facile dans les deux sens : le temps des citoyen.ne.s n’est pas le même que le temps des collectivités. Aujourd’hui, sur Besançon, on a des conseils citoyens qui fonctionnent et on en est fiers. On réfléchit à un mode de fonctionnement qui pourra pérenniser l’action avec eux. Pour moi, les conseils citoyens peuvent jouer leur rôle d’acteurs du contrat de ville et de porte-paroles des habitants de façon pérenne tant qu’il y a de la coopération avec les collectivités.

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