Catherine Marienne est déléguée du préfet en Indre et Loire, accompagnant à ce titre les conseils citoyens de Tours et Saint-Pierre-des-Corps depuis leurs création. Elle revient pour nous sur les enjeux de cet accompagnement et et livre son analyse des freins et des leviers à l'action des conseils citoyens.

Comment s'est passée la mise en place des conseils citoyens sur votre territoire ?

J'interviens dans le département de l'Indre et Loire, en particulier sur la ville de Tours, qui comprend sept quartiers prioritaires, et à Saint-Pierre-des-Corps, où il y en a un. Ici comme ailleurs, l'installation des des conseils citoyens a été assez mal vécue par les élus locaux, comme une mesure très descendante, émanant « d'en haut ». De plus, cela a été fait chez nous dans une relative précipitation, en allant chercher, par facilité, des habitants déjà connus des pouvoirs publics. Dans ce contexte, et c'est bien normal, les habitants impliqués dans les conseils ont mis beaucoup de temps à comprendre ce qu'on attendait d'eux. C'était tout l'enjeu du travail d'accompagnement que j'ai mené par la suite, en collaboration avec les chefs de projet politique de la ville.

En quoi a consisté ce travail d'accompagnement ?

Nous sommes partis de zéro, en menant un véritable travail d'éducation populaire, conseil par conseil, pour expliquer en quoi consiste la politique de la ville et en particulier le rôle du conseil citoyen. De ce point de vue-là, la circulaire de février 2017, qui récapitule clairement les droits et les devoirs des conseils, a été extrêmement utile. Avant cela, nous avions en outre missionné un tiers de confiance, la SCOP Engrenages, pour mener un travail de formation et d'accompagnement des conseils. Enfin, des temps de rencontres et d'échanges de pratiques à l’échelle de la métropole ont été mis en place.

Qu'avez-vous constaté au fil de ce travail d'accompagnement ?

Au fil du temps, je me suis aperçue que les conseillers citoyens du collège habitants ne connaissaient souvent pas bien les projets menés par les associations représentées dans le collège associatif. Nous avons donc organisé des temps d'interconnaissance. Plus largement, nous nous sommes aperçus que, dans l'ensemble, les conseillers citoyens n'avaient qu'une vision très partielle de tous les projets mis en place sur leur quartier. Je les ai donc accompagné à mieux connaître et mieux comprendre leur ville.

Et si c'était à refaire ?

Avec le recul, je me dis que nous avons peut-être trop voulu les transformer en professionnels de la politique de la ville... Ceci dit, leur mission est très complexe : voilà des personnes à qui on demande à la fois de représenter l'ensemble des habitants de leur quartier, mais aussi de livrer leurs propres ressentis, d'être parfaitement au clair sur la politique de la ville et le renouvellement urbain, et de faire tout ça seuls, sans le concours de professionnels ! C'est une très lourde responsabilité.

Quel bilan tirez-vous aujourd'hui de l'action des conseils citoyens sur votre territoire ?

Premier constat : pas un seul conseil citoyen ne ressemble aux autres, même s'ils ont pourtant été mis en place de la même manière. Cela dépend des personnes qui s'engagent à un moment donné, qui vont apporter une couleur, un style, au conseil. Ceci dit, je ne peux pas m'empêcher de constater que, dans l'ensemble, ce sont surtout des personnes non-issues de l'immigration et co-propriétaires, qui composent les conseils. En cela, il y a encore des progrès à faire pour être plus inclusifs. Je constate aussi que, malgré quelques jolies réussites, les conseils citoyens ont du mal à « faire collectif ». Certains reproduisent des fonctionnements très rigides, qui sont ceux des institutions, et qui freinent la mise en place de projets, les bonnes idées. Plus largement, j'ai l'impression que les habitants ont du mal à prendre le pouvoir qu'on leur donne. Et pour cause, ils ne l'ont jamais eu ! Ils auraient sans doute besoin d'animateurs un peu costauds, pour créer de la cohésion de groupe et faciliter le passage à l'action. Mais au-delà de ça, je crois qu'il y a globalement, dans notre pays, un problème culturel, qui fait que la capacité citoyenne a du mal à émerger.

En quoi les conseils citoyens font-ils tout de même bouger la politique de la ville et ses différents partenaires ?

Clairement, les questions et les remarques que peuvent formuler les conseillers citoyens dans les différents comités de pilotage de la politique de la ville sont extrêmement pertinentes, mais les conseillers ne se sentent pas réellement écoutés ou entendus... J'ai parlé de la difficulté des habitants à se saisir du pouvoir qui leur est donné, mais il faudrait aussi parler des décideurs qui hésitent à co-construire les politiques publiques avec les habitants. Beaucoup ne sont pas prêts, n'ont pas envie... Néanmoins, je pense qu'il faut garder le cap, continuer de soutenir les conseils citoyens et qu'avec le temps, les choses finiront par changer.

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