Cécile Sornin est adjointe au maire de Mulhouse, chargée de la démocratie participative. Elle raconte pour conseilscitoyens.fr comment la démocratie participative se joue dans son territoire.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

Pouvez-vous nous présenter les conseils citoyens mulhousiens ?

En 2014 lorsque la loi Lamy a instauré la mise en place des conseils citoyens, Mulhouse a été le seul territoire à décider de faire des « grands conseils ». C’est-à-dire de prendre en compte les 6 secteurs de la ville au sens large, et pas de se contenter des zones prioritaires. En gros, on ne voulait pas faire une démocratie participative des riches et une démocratie participative des pauvres ; on a voulu mixer les publics. Pour les tirages au sort, à ce moment-là, on est parti de listes de volontaires. En 2016, nous avons rebattu les cartes, et nous avons procédé à un tirage au sort complémentaire, en se basant cette fois sur les listes électorales, des recensements, des taxes d’habitations etc.

Mulhouse semble être une ville très active du point de vue de la participation citoyenne. Pouvez-vous nous présenter ce qui est mis en place d’autre en matière de démocratie participative ?

Avant même la mise en place des conseils citoyens, nous avions des conseils participatifs travaillant sur le cadre de vie. Ils discutent de sujets liés à la voirie, aux incivilités, à l’animation du territoire… et bénéficient d’un budget d’investissement de 10 000 euros pour proposer des solutions sur lequel ils sont complètement autonomes. Le budget global pour des investissements plus lourds est de 200 000 euros par an. Il y a plus de 300 conseillers sur la Ville, mais en moyenne un noyau dur de 20/ 25 personnes dans ces conseils, où la participation est très souple. On a aussi voulu laisser carte blanche aux habitants pour s’organiser.

En parallèle, une plateforme numérique intitulée « Mulhouse c’est vous » gérée par L'Agence de la participation citoyenne, régie autonome de la municipalité de Mulhouse, a été lancée en 2015. Le but : que les mulhousiens puissent à la fois suivre et voter sur les projets mis en débat par la ville et proposer des idées. Une suggestion d’un citoyen qui reçoit 250 votes d’autres citoyens sur la plateforme est une suggestion qui sera examinée par la ville de Mulhouse.

L’année dernière nous avons aussi lancé notre premier budget participatif, et expérimenté le Printemps Citoyen qui a recensé plus de 60 manifestations sur la ville pour mettre en place des espaces de débats. L’objectif étant de faire rayonner la démocratie participative sur le territoire, en s’appuyant sur des réseaux d’acteurs comme les centres sociaux ou d’autres associations. Notre objectif est de permettre à tous ceux qui ont envie de s’impliquer de le faire. Nous sommes au service de la démocratie. Or, la démocratie est en danger et il est de notre devoir de sensibiliser les habitants, et de la protéger.

Comment travaillez-vous avec les conseils citoyens ?

Les conseils citoyens sont très associés à toutes les consultations, décisions…sur la ville. On essaie toujours d’aller le plus loin possible dans la transparence. Mais la co-construction habitants/agents/élus est un long travail de pédagogie. Au quotidien, on expérimente des petits pas les uns vers les autres, on prend le temps des explications… Un élu n’est pas juste quelqu’un qui va répondre à un problème A par une solution B. Il va faire en sorte qu’on puisse tester les choses avec les habitants et améliorer le dispositif au fur et à mesure. Il faut beaucoup d’humilité pour co construire efficacement. A Mulhouse, on a cette envie, cette volonté politique. C’est le premier territoire en France à avoir été labellisé « territoire hautement citoyen» en 2015. On est un service public, au service du public, de nos habitants. Presque la moitié de la population mulhousienne est en quartier politique de la ville. Du coup, si on veut faire de la démocratie pour tous, il faut qu’elle soit très inclusive. Les élus ne doivent pas être les seuls garants du bien ni du savoir public. C’est en travaillant conjointement avec les habitants que nous réussirons à améliorer le bien vivre pour tous.

Quel regard avez-vous sur les conseils citoyens mulhousiens, 4 ans après leur mise en place ?

Déjà, il faut reconnaitre que le caractère obligatoire des conseils citoyens a permis d’avoir plus de moyens pour donner du pouvoir d’agir aux gens dans les quartiers prioritaires, d’une manière globale. Cependant, ça n’est pas une baguette magique, le temps est un facteur important. Il faut que les personnes se sentent légitimes à participer et ça passe par de la pédagogie. Aujourd’hui, les personnes dans les conseils citoyens ont le sentiment d’avoir leur place.

Ce qui est plus compliqué ce sont les contraintes administratives, nécessaires mais contre productives. Elles lassent souvent les habitants. On passe beaucoup de temps à mettre à jour des listes, à transmettre des informations à la préfecture, à remplir des dossiers, bilans, évaluations…tout ce temps fait perdre en souplesse et représente du temps non dédié à faire vivre la participation citoyenne. A Mulhouse, les relations avec l’Etat sont d’une grande qualité, mais il faudrait réfléchir sérieusement à comment alléger tous ces aspects réglementaires.

Ce que j’ai remarqué c’est qu’un conseil citoyen qui fonctionne est un conseil citoyen où on a du plaisir à se retrouver. C’est la première étape. Et ça marche lorsqu’il y a une confiance mutuelle. En tant qu’élus, il faut accepter de lâcher la bride pour permettre à l’habitant d’avoir de plus en plus confiance dans le politique. C’est une immense satisfaction en tant qu’élu lorsqu’on arrive à ça. Cet aspect est extrêmement important car un citoyen qui reprend confiance dans les institutions est, à mon avis, un citoyen qui ira plus facilement vers les urnes. La démocratie participative est au service de la démocratie représentative. On lutte également contre les votes extrêmes de cette manière-là.

L’élu qui est réticent, c’est qu’il a peur car il pense qu’il va perdre du pouvoir. En réalité, il peut y avoir une perte de pouvoir en étape 1 mais in fine, c’est l’élu qui prendra la décision et le chemin parcouru avec les habitants est très riche. L’habitant, comme l’élu, n’a pas toujours raison, donc il faut être au clair sur le cadre et sur les sujets sur lesquels on peut co décider.

Comment voyez-vous l’avenir de la démocratie participative ?

Depuis 2014, on a bousculé certaines montagnes. Le Grand Débat national actuellement montre que c’est devenu une évidence de consulter les citoyens. C’est une occasion de plus de rentrer en relation avec les habitants mais en leur laissant la place, la parole. Sur la démocratie participative, il reste du chemin à parcourir, il y a parfois des maladresses, comme on peut le voir ces jours-ci de la part du gouvernement, mais en 2014 je ne pense pas qu’on aurait eu cet espace de débats. Je suis plutôt optimiste. Ce combat pour la démocratie, on le gagnera si tout le monde bouge, en accompagnant les élus qui veulent bouger par les acteurs qui ont envie de faire avancer les choses, comme les centres sociaux !

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