André Lecomte, 52 ans, est engagé dans le conseil citoyen de sa ville depuis un an et demi. Indépendant depuis le départ, le conseil citoyen est pour lui un formidable outil de communication entre les élus et les habitants. Pour cette interview, il nous livre sa vision d’un conseil citoyen qui marche.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

Pourquoi vous êtes-vous engagé dans le conseil citoyen de Venissieux ?

Je suis entré au conseil citoyen le 15 mars 2016, date à laquelle j’ai été tiré au sort. A la base, j’étais délégué du conseil de quartier et le président m’a parlé du conseil citoyen. J’étais assez hésitant au départ, c’était assez mystérieux pour moi. Je m’imaginais le conseil citoyen comme un gros conseil de quartier. J’ai réfléchi quelques jours et j’ai décidé de m’y engager. J’ai participé à la première réunion et je me suis rendu compte que le conseil citoyen jouait plutôt un rôle de communicant entre les habitants, la commune et l’Etat.

Comment avez-vous réussi à prendre possession de votre rôle de conseiller citoyen ?

Au départ, on a surtout construit le conseil citoyen collectivement. On a créé notre charte d’utilisation qui a permis de définir des règles – notamment l’absence de hiérarchie dans le conseil. Nous avons aussi pris le temps de nous former. Début 2017, j’ai participé à la formation de l’Ecole du Renouvellement Urbain (ERU) dédiée aux conseillers citoyens. Vous pouvez d’ailleurs retrouver mon témoignage sur la vidéo de présentation ici ! Ca a permis de se poser les bonnes questions, notamment sur le rôle du conseil citoyen dans le renouvellement urbain. Cette formation m’a permis d’entendre et comprendre ce qu’est un plan d’action sur un quartier. Après s’être familiarisé avec la mission de conseiller, on a aussi beaucoup travaillé sur notre représentation. On a conçu notre carte de visite, avec notre propre logo. Les habitants de Vénissieux ont besoin de nous identifier. Nous avons participé à la journée du livre le 30 septembre dernier organisée par l’association culturelle locale Pandora, pour nous faire connaître et aussi pour nous roder nous-mêmes. Et pour expérimenter dans la pratique notre façon de réagir en tant que groupe. C’était aussi une première occasion pour nous d’écouter les besoins et de lancer l’Université Populaire Citoyenne (UPC).

En quoi consiste cette Université Populaire Citoyenne ?

C’est notre prochain et premier temps fort. Après réflexions et discussions, on s’est dit que le conseil citoyen avait besoin d’aller vers les Vénissians pour recenser leurs attentes et se réunir autour de ça. Le 18 novembre dernier, nous sommes allés sur le marché pour questionner les passants sur les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. Suite à ce premier travail, on a recueilli 21 thématiques et on a fait un tri pour en retenir 6 pour le premier cycle de l’UPC (discriminations, insertion des jeunes, logement, isolement administratif, citoyenneté, cadre de vie et incivilités). L’idée c’est de travailler une thématique par mois, avec des associations notamment, de janvier à juin 2018 sous formes de tables rondes et de conférences. Avec pour objectif de repérer les problèmes des habitants et de faire remonter ces informations aux instances compétentes pour essayer de trouver une solution.

Qu’est ce qui fait que le conseil citoyen fonctionne bien ?

Je crois que c’est d’abord une question d’envie et de motivation. Il y a parfois des désaccords mais on arrive toujours à prendre des décisions communes. C’est l’ensemble de nos idées qui vont faire que l’on arrive à quelque chose de bien. Puis Venissieux est une ville pleine de diversité, on a tous appris à vivre ensemble et le conseil citoyen est à son image. On est un peu un « conseil citoyen Benetton : » multi couleurs !

On bénéficie aussi de l’accompagnement de la SCOP « l’orage » qui nous apprend à communiquer et à structurer nos idées. En 2018, il y aura une co-animation des réunions par un conseiller citoyen et un formateur de « l’Orage. »

Par ailleurs, un conseil citoyen qui marche bien c’est par essence un conseil citoyen indépendant. C’est inscrit dans la loi. Nous, on s’occupe pas des décisions que prend la mairie, on fait notre petit bout de chemin. Ils ont un pouvoir consultatif, pas décisionnaire donc on leur demande jamais la permission de faire quelque chose, on les informe juste. On agit toujours dans le respect d’autrui, bien sûr, mais la décision finale revient toujours au collège habitants.

Quel est le rôle du conseil citoyen selon vous ?

C’est le pouvoir de parler, d’être entendu et qu’on tienne compte de nos avis. C’est quelque chose de formidable : l’Etat demande aux gens qui vivent dans les quartiers de jouer un rôle de communicant entre les bailleurs et les habitants, entre les institutions et les citoyens résidant en politique de la ville. On a aussi un réel pouvoir décisionnaire même si ça n’est pas systématique.

Un an et demi après votre engagement dans le conseil citoyen, quel bilan en tirez-vous ?

Si je devais tirer un premier bilan, je dirais que ça a amené quelque chose de phénoménal : du lien, des rencontres de gens, de cultures différentes. Et ça a permis de comprendre plein de choses ! La ville de Vénissieux je l’aime encore plus maintenant. En tout cas, ce dispositif donne un espoir supplémentaire. Ça laisse penser qu’on est plus tout seul, isolés dans nos quartiers.

Si on arrive à rendre les habitants un petit peu plus heureux et à empêcher la misère de rentrer dans ma ville, ça serait beau ! Un jour ça paiera, c’est sûr !

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