Le Mouvement associatif (qui fédère sur le plan national l'ensemble des grandes coordinations associatives) vient de publier une étude sur la place des associations dans le collège "acteurs locaux" des conseils citoyens, doublée d'une étude régionale sur le même thème dans les Hauts-de-France. Rencontre avec Maxime Godefroy, qui a dirigé cette étude régionale.

Téléchargez l'étude nationale publiée par le Mouvement associatif, en cliquant sur le lien ci-dessous:

Participation des associations aux conseils citoyens - synthèse de l'enquête nationale

Cette enquête permet de mettre en évidence quelques grands constats et préconisations, qui sont résumés page 5 de ce document.

En plus de cette enquête nationale, une étude régionale plus spécifique menée par le Mouvement associatif des Hauts de France a également été réalisée. Cliquez ci-dessous pour télécharger l'étude régionale:

Vie associative et conseils citoyens: quels liens existants, à créer, à renforcer? - enquête régionale Hauts de France

Rencontre avec Maxime Godefroy, chargé de mission pour le Mouvement associatif des Hauts de France

Interview réalisée par Anouk Cohen - anouk.cohen@centres-sociaux.fr

Pourquoi avoir lancé cette étude ?

Cette étude a été lancée en août 2016 par le Mouvement associatif national qui a répondu à un appel à projets. Au niveau régional, la Bourgogne-Franche Comté, le Grand Est et les Hauts de France ont participé à cette expérimentation. Sur les Hauts de France, nous avons plusieurs dispositifs permettant de recueillir des informations sur les associations au niveau local. Les conseils citoyens apparaissaient être des structures intéressantes de par leur ancrage dans le territoire. Les questions de départ ont été : quel lien existe-t-il entre les conseils citoyens et la vie associative, est-il pertinent de le renforcer et si oui comment?

Selon les conclusions de l’enquête, quelle plus-value les associations apportent-elles aux conseils citoyens ?

Ce qui ressort en premier lieu, c’est que ça fonctionne mieux quand il y a un acteur extérieur. La mise en place des conseils citoyens mérite un accompagnement surtout quand ça touche les personnes les plus éloignées de la participation. Les associations assurent un rôle de médiateur, elles font « tampon » ; il y a toujours un risque d’instrumentalisation du conseil citoyen : un habitant qui ferait passer ses intérêts avant celui du groupe ou bien un élu local qui le tournerait en conseil municipal bis. Ces risques sont devenus réels lorsqu’il n’y avait pas d’intervenant extérieur. L’acteur associatif agit comme un tiers qui neutralise ces risques.

De plus, l’association, contrairement à un intervenant privé, va s’inscrire dans le temps et dans le territoire. Elle aura souvent une meilleure connaissance de l’environnement et va inscrire son accompagnement dans la durée. L’association est dans une démarche d’éducation populaire : elle propose une méthode pour préparer le conseil citoyen à l’autonomie. Son but : valoriser et faire émerger les compétences de chacun au sein du conseil citoyen. Par exemple, l’association Hors Cadre, qui a accompagné le conseil citoyen de Wattrelos, a réalisé un film sur le quartier avec les conseillers citoyens. Ils ont utilisé l’outil vidéo comme prétexte pour engager un travail ensemble. La Ligue de l’Enseignement 59 a travaillé avec le conseil citoyen d’Escaudin principalement sur l’animation et les dynamiques de groupe. Il y a comme un transfert des compétences de l’association vers le conseil citoyen.

Pourquoi les associations s’impliquent-elles dans les conseils citoyens ?

Parfois c’est à la demande des élus, soit le chef de projet politique de la ville connaît une association soit les élus au niveau de la métropole ou de l’agglomération connaissent des structures et vont voir le lien qui peut être fait avec le conseil citoyen. Pour que le conseil citoyen devienne autonome, l’accompagnement se fait sur une durée moyenne de 1 à 2 ans. Il est important d’expliquer aux acteurs de la politique de la ville (élus et/ou techniciens) que ce travail d’accompagnement nécessite de s’inscrire dans une temporalité assez longue. Il n’est pas possible de créer un conseil citoyen opérationnel en quelques mois avec une moyenne d’une réunion par mois. Et c’est intéressant pour les associations de s’investir dans un conseil citoyen car ça les nourrit de réalités différentes selon les territoires.

Quels autres éléments ressortent de l’enquête ?

Une des conclusions essentielles, c’est un manque de connaissance des élus et des techniciens des collectivités quant aux ressources associatives locales. Il y a d’une part un manque de visibilité sur ce que peuvent apporter les associations mais on a aussi remarqué qu’ils ne savaient pas comment trouver une formation pour leurs conseillers citoyens. Il y a un vrai travail de décloisonnement à faire entre les instances politiques et la vie associative du territoire.

On a aussi constaté des « couacs » au niveau des statuts des conseils citoyens. Certains élus obligent le conseil citoyen à se constituer en association, car c’est un statut connu. Cependant, ça ne doit pas être un postulat de départ : c’est le rôle du conseil citoyen sur son territoire qui va définir son statut et non l’inverse. Certains élus pensent aussi que c’est une obligation. Mais on ne peut pas demander un projet associatif à un groupe qui ne connaît rien à la démocratie participative. Il faut d’abord que le conseil citoyen réfléchisse à ce qu’il veut faire sur son territoire avant de choisir son statut. C’est là que l’accompagnement sur du long terme par un acteur extérieur prend tout son sens.

 

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