Rencontre avec Alice Daquin, étudiante et chercheuse, qui a mené une étude sur la place des jeunes dans le conseil citoyens du Vallon à Grigny (Rhône).

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

Cette étude a été produite dans le cadre d’un programme de co-évaluation nationale des conseils citoyens mené entre janvier et juin 2017 par plusieurs universités avec l’appui de l’Observatoire national de la politique de la ville, du GIS Démocratie et Participation et de la Coordination Pas sans Nous (cliquez ici pour lire sur notre site les actes de la journée de clôture de cette étude). Ce programme a associé conseillers citoyens, étudiants et chercheurs dans la réalisation d’évaluations qualitatives des conseils citoyens. Alice Daquin, étudiante du master AlterVilles (Science Po Lyon- UJM) a réalisé la co-évaluation du conseil du Vallon en lien avec les étudiants de l’ENTPE de Lyon, et dans le cadre d’un mémoire de recherche sur les « jeunes de quartier. »

Cliquez ici pour télécharger l'étude d'Alice Daquin: "Jeunes et conseil citoyen : quelles opportunités de renouvellement de la participation dans les quartiers populaires ? Le cas de Grigny (69)"

RÉSUMÉ DE L’ÉTUDE:

L’étude du conseil citoyen du Vallon à Grigny (69) s’est faite sous l’angle de la mobilisation des jeunes. En effet, la question des jeunes hommes qui squattent les espaces publics est préoccupante pour les habitants du quartier du Vallon. Il s’agissait donc de comprendre dans quelle mesure le conseil citoyen parvient à mobiliser les jeunes pour les intégrer en tant que membre et, d’autre part à porter les revendications des jeunes auprès des autres acteurs locaux. À travers une tentative « ratée » d'intégration d’un jeune au conseil, cette étude met en lumière d’un côté les difficultés des conseillers pour se faire les relais des besoins des publics jeunes du quartier, et de l’autre, les difficultés qu'ont les jeunes à se saisir de l'entité "conseil citoyen".  

INTERVIEW D'ALICE DAQUIN:

Comment en es-tu venue à mener cette étude ?

J’ai toujours été intéressée par la participation et la politique de la ville. J’ai fait le master AlterVilles à Sciences Po Lyon qui s’intéresse aux alternatives dans les études urbaines. Dans le cadre de cette formation, j’ai été amenée à réaliser une enquête d’usage sur l’appropriation du quartier par les habitants du Vallon à Grigny. Lors de cette étude, je me suis rendue compte qu’une thématique forte ressortait : les jeunes. Ils occupent l’espace public par manque d’un local qui leur serait dédié. J’ai invité toutes les personnes que j’avais rencontrées pour mon enquête à une journée de restitution. Il y avait donc des jeunes et des membres du conseil citoyen du Vallon. Cela a engendré un débat entre eux et a lancé une première dynamique. Le conseil a ainsi invité les jeunes à venir à leur prochaine réunion. Sofiane, 20 ans, y a participé pour reparler de la création d’un local mais la réunion a été très descendante, il n’a eu la parole qu’à la fin de la réunion après avoir écouté du jargon technique sur la politique de la ville pendant une heure. Ce qui fait qu’il n’est plus revenu. A ce moment-là, j’ai rencontré un professeur de l’Ecole nationale des travaux publics de l’Etat qui m’a parlé du programme de recherches sur la co-évaluation des conseils citoyens. Ça tombait bien puisque mon mémoire de fin d’étude portait sur les jeunes du quartier du vallon, ce qui m’a permis de lier ce travail à celui de l’étude sur le conseil citoyen.

Quelle a été ta démarche ?

Nous étions libres dans la méthodologie. J’ai mené des entretiens semi-directifs et des observations participantes, c’est-à-dire que je participais aux débats mais jamais aux décisions. J’ai aussi organisé au printemps un débat collectif sur les dysfonctionnements du conseil citoyen mais c’est arrivé à une période où il y avait de grosses difficultés de mobilisation. Il s’agit d’un petit conseil de 11 membres officiellement mais plutôt de 5 ou 6 membres en réalité. Il y a plus d’acteurs institutionnels que d’habitants et il est porté par le centre social de la commune qui n’est pas réellement formé pour cette mission. Du coup, au débat, il y avait seulement 2 membres. On s’est posé la question de comment remobiliser les gens. L’idée a émergé d’engager un jeune du quartier en service civique pour relancer le conseil citoyen et la mobilisation des jeunes. C’est important que l’échange aille dans les deux sens : le conseil citoyen m’apporte des informations pour mon étude et je leur apporte aussi mon aide en tant qu’étudiante.

Quelles sont les premières conclusions qui ressortent de l’étude ?

Je suis partie avec la problématique de départ suivante : les jeunes sont souvent absents des dispositifs participatifs, est ce que le conseil citoyen en tant que nouvelle instance peut remédier à ça ? Au vu de mes observations sur le conseil citoyen du Vallon, la réponse penche vers le non. La forme du conseil citoyen reste très institutionnelle avec des réunions régulières, la prédominance de personnes âgées etc. Or, les jeunes ne sont pas du tout désintéressés de la politique locale. Ils s’expriment sous d’autres formes. Ils ont souvent été frapper à la porte de la mairie pour demander un terrain synthétique de foot par exemple. Le problème c’est que les jeunes sont exclus des processus de démocratie participative à Grigny, même lorsque la mairie était communiste et très portée sur ces questions-là. Les jeunes sont maintenant résignés et c’est dommage. Avec plus de moyens et de la formation, le conseil citoyen pourrait peut-être continuer à travailler sur ces problématiques pour tenter une nouvelle intégration des jeunes au sein de leur instance.

 

 

FacebookPartager TwitterTwitter LinkedInPublier