A Ambérieu en Bugey, le conseil citoyen des Courbes de l’Albarine, de concert avec la ville, a réussi un joli coup : contribuer à l’ouverture d’un cabinet médical dans un quartier en proie au manque d’accès aux soins. Malgré certaines frustrations, la consultation des habitants et le travail de construction collective ont permis au service médical de voir le jour.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

 « Est-ce que vous êtes venue pour nous remonter le moral ? » le ton est lancé. C’est la première question posée par Mado, du conseil citoyen des Courbes de l’Albarine à Ambérieu en Bugey, commune près de Lyon. « On n’est pas écouté, poursuit-elle, on a l’impression d’être de simples spectateurs. »

Armande, Jean-Pierre, et Annie – ses acolytes – acquiescent. Ce qui devait être une discussion sur le rôle du conseil citoyen dans la création d’un cabinet médical dévie rapidement sur leur frustration de ne pas voir leurs propositions se concrétiser. Des requêtes, ils en ont à la pelle. « Nous, dès le départ, on a fait des demandes à la mairie, » explique Armande – Ambarroise de naissance.

Demande de réfection des trottoirs abimés dangereux pour les plus âgés, d’installation de toilettes publiques dont l’absence provoque des problèmes d’hygiène, demande de maintien et création de commerces qui ferment les uns après les autres dans le quartier autrefois animé de la gare…que les conseillers ont remontées aux élus mais qui restent « sans réponse. »

José Miguel Ormazaval, directeur du centre social Le Lavoir d’Ambérieu qui accompagne le conseil citoyen, temporise : « rappelez-vous : on n’a pas le pouvoir de la décision, on a le pouvoir de l'interpellation. Il faut aussi le temps que les choses se fassent. »
 

LE CONSEIL CITOYEN COMME ORGANE DES HABITANTS

A écouter les membres du conseil citoyen, né il y a deux ans, ils proposent mais personne ne dispose. En creusant un peu, on se rend compte qu’ils sont un peu trop modestes et surtout, si contrariés de voir leur quartier se dégrader qu’ils oublient de parler de victoire. Car la création du cabinet médical dans le quartier de la gare, est une jolie réussite. Armande parle de « coup de pot, de hasards. » Mais c’est avant tout une histoire d’hommes et de femmes qui ont travaillé collectivement pour lutter contre la désertification médicale de leur quartier. « Le conseil citoyen a pris l’initiative de préparer et distribuer un questionnaire aux habitants pour remonter leurs besoins, explique José. A la suite de quoi, il y a eu une réunion en mairie pour que les conseillers présentent les rendus de ces questionnaires. » Ils se sont fait porte-parole des habitants et ont par là même pris possession de leur rôle de conseillers citoyens. Ce qui est ressorti de ce plébiscite : un besoin criant d’un cabinet médical dans le quartier de la gare, où la mobilité de ses habitants s’avère être une réelle problématique. Le seul médecin du coin a annoncé sa retraite en avril, après l’avoir repoussée de trois ans faute de remplaçant. Son cabinet n’ayant pas les normes d’accessibilité, il ne peut être repris par un confrère.

Mathieu Robin, chef de projet politique de la ville, affirme que c’est la somme de petites actions de chacun qui ont permis à ce projet de voir le jour. « Nous avons eu les bonnes personnes au bon moment. Alors oui, c’est l’occasion qui fait le larron comme on dit mais si chacun ne fait rien, il ne se passe rien. » Un des conseillers citoyens a rencontré le pharmacien de la gare, qui proposait de louer un local lui appartenant et de prendre en charge les travaux d’aménagement. Le lieu semble être tout trouvé !

Un mois après, le 29 juin 2016, Armande et deux autres conseillers, Madeleine et Maurice, se rendent à une réunion en mairie sur l’avenir médical du quartier. Qui de mieux placés que les conseillers citoyens – habitants férus de leur quartier – pour faire un diagnostic sur les besoins de la population d’Ambérieu ? « Mettre autour de la table des professionnels de santé et des habitants pour leur demander concrètement leur avis, ça n’était jamais arrivé à Ambérieu, » explique Mathieu Robin. Suite à cette réunion, le président de l’ordre des médecins a été contacté par un généraliste de la clinique voisine qu’il quittait. Il a tout de suite pensé à Ambérieu en Bugey ; preuve que la démarche citoyenne a fait la différence.

« L’Agence Régionale de Santé a joué un rôle de facilitateur, ils ont considérablement accéléré le processus administratif parce qu’ils ont vu des ‘habitants concernés’ – ce sont leurs mots » indique le chef de projet politique de la ville. Et José de compléter : « sur cette action, le conseil citoyen a vraiment joué son rôle d’organe des habitants. Les conseillers ont pu coopérer et élaborer une stratégie avec les décisionnels pour mettre en place un système de santé efficace. Les élus les ont vus mobilisés, ils ont vu en eux des alliés. Le maire n’en retire que du positif ! »

Le 9 janvier 2017, le cabinet est ouvert. Depuis, la salle d’attente du docteur Philippe Paget ne désemplit pas – signe que l’accès aux soins était un vrai besoin.

A la question : « qu’est ce qui est le plus positif pour vous dans votre engagement au conseil citoyen, » Mado, Armande, Annie et Jean-Pierre sont unanimes : le groupe. « On peut s’exprimer » affirme Jean-Pierre, « on partage l’amour du quartier » poursuit Armande, « on est un noyau soudé, on se remotive les uns les autres » complète Mado.

Prochain challenge ? Se redonner une feuille de route concertée avec la municipalité pour 2018, explique José Miguel Ormazal : « la question à se poser c’est : comment rester à l’écoute des habitants tout en étant en concertation avec les élus ? »

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