Contrairement aux idées reçues, Paris compte également plusieurs quartiers prioritaires de la politique de la ville. Ici le choix a été fait de les regrouper par arrondissement. Reportage dans le 11e arrondissement où le conseil citoyen, hébergé dans un centre social, commence à prendre son envol, avec l'aide d'une animatrice qualifiée.

Par Anouk Cohen (anouk.cohen@centres-sociaux.fr)

Rencontre avec Céline Khiari, animatrice, et avec Marie-Claude Lainé, membre du conseil citoyen Paris 11.

C’est au centre social Le Picoulet, qui « héberge » le conseil citoyen, que Céline et Marie-Claude m’accueillent. Céline Khiari, animatrice du conseil citoyen Paris 11, voit de nombreux avantages à cette cohabitation: « Le centre social est membre du conseil citoyen. Il y a un intérêt tout particulier pour nous car il y a un accueil social, une interface avec l’extérieur, une population très diverse…Pierre, l’animateur de l’Espace Public Numérique a aussi pu contribuer à former les conseillers sur le web, ce qui répondait à un besoin très direct»

Le conseil citoyen du quartier Fontaine au roi a été créé en milieu d’année 2015. Marie Claude s’y est engagée dès le début : « Pendant un an et demi, on était sur de la mise en place, on a fait connaissance aussi. Le groupe moteur est constitué de 6 habitants volontaires et une personne du collège associatif. La plupart des habitants tirés au sort ont abandonné. Ce qui est peu commun, c’est qu’on est une majorité de salariés. Il n’y a pas de personnes retraitées. Nous avons des horaires diversement aménageables, ce qui permet de nous impliquer dans le conseil citoyen. »

Jusqu’en avril 2017, le conseil citoyen était fortement guidé par l’équipe de développement local. La ville de Paris a ensuite travaillé avec Optima et France Médiation pour recruter 8 postes d'animateurs-trices en convention adulte-relais pour accompagner le développement et l'animation des conseils citoyens de Paris.

ANIMER POUR EMANCIPER

C’est dans ce contexte qu’a été embauchée Céline Khiari, jeune animatrice dynamique et impliquée, diplômée de sociologie, science politique et de psychologie. Pour Marie-Claude, tout a changé avec son arrivée: « L’arrivée de Céline a permis de nous émanciper. Elle a mis du lien entre nous, ce qui est très important. Maintenant on se connait tous bien. Elle nous a aussi rendus visibles auprès des associations du quartier. Puis elle nous structure, c’est à la fois notre ‘agenda’ et notre vivier d’information : il y a plein de choses dont on ne connait pas l’existence par exemple sur les aides, les interlocuteurs etc. C’est précieux. »

Céline, à demi rougissante, explique son rôle d’animatrice, qu’elle qualifie de « difficile mais passionnant. » Après dix ans de voyages, études et divers jobs en Amérique Latine, son travail dans un centre culturel argentin en autogestion lui a donné envie de prendre son poste actuel. « Pour bien accompagner les conseillers, je pense qu’il faut d’abord aimer ce qu’on fait et aimer les gens. Après, je suis adepte de la théorie appliquée. Par exemple, je me sers beaucoup du travail de Pichon-Rivière, un psychanalyste franco-argentin qui a beaucoup étudié les dynamiques de groupes. Un de ses principes consiste à poser que les intérêts individuels s’inscrivent dans l’intérêt collectif. « Je pousse pour que chacun puisse apporter sa verticalité. Par exemple, Noyale, qui travaille dans une association sur les espaces verts, est référente sur la question du cadre de vie dans le quartier. »

Une des règles que s’est fixées Céline, c’est de faire en sorte que les relations soient les plus égalitaires possibles : « J’ai un travail d’animation mais lors des débats,  je fais en sorte d’être en retrait. Je peux poser des règles et ne pas participer directement, même si parfois ce n’est pas simple, comme sur des sujets délicats comme la sécurité. Le rôle de coordination et de relais est aussi important : s’il y a un problème, on sait à qui s’adresser pour que ça soit réglé.  Je pense que ce rôle de tampon va devenir plus substantiel quand le conseil citoyen va prendre son envol»

UN CONSEIL CITOYEN INDEPENDANT

Car « tout l’intérêt du conseil citoyen, contrairement au conseil de quartier, c’est la liberté, exprime Marie-Claude. Ce n’est pas un élu qui anime. Le fait qu’on ait beaucoup d’intérêts communs aussi, ça nous donne de l’ambition. »

Céline vient compléter : « Les habitants ont pris la main. D’expérience, quand il y a plus d’associations que d’habitants, les habitants ne prennent pas autant la parole. Un autre élément important, c’est que les conseils citoyens sans statut associatif ne sont pas dépendants des subventions annuelles et donc préservent leur marge de manœuvre  et leur indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. »

Céline note également divers facteurs qui rendent possible l’autonomie : « On a réussi à trouver un centre social qui nous accueille, on a un espace indépendant du reste du centre. Il faut dire que le 11ème ne compte qu’un seul quartier en politique de la ville, c’est assez petit et les associations locales se trouvent sur un périmètre très resserré donc c’est plus facile pour les connaître et se faire connaître. De plus, Le quartier se gentrifie, il faut dire ce qui est. L’objectif 2018 d’ailleurs, c’est la diversification des membres du conseil citoyen. »

La CAF a réalisé un nouveau tirage au sort fin 2017. Une plénière officielle a eu lieu le 9 janvier. 17 personnes étaient présentes, beaucoup résidant en logements sociaux, ce qui a fait émerger de nouvelles problématiques liées à l’habitat.

Prochain défi ? Récolter la parole des habitants et se faire connaître. « Nous travaillons actuellement sur les moyens d’augmenter notre visibilité et notre capacité à interpeller les gens. Nous avons créé une boîte à dons qui est entrée en fonctionnement en novembre 2017 prise en charge à tour de rôle par des associations et des commerces. L’idée : que les habitants puissent échanger gratuitement des objets dans un cycle de donner et recevoir. C’est une initiative qui a bien marché et c’est aussi un moyen de communiquer. Nous avons aussi participé au forum des associations du quartier prioritaire où l’affluence était peu importante. Mais c’était la première fois où le conseil citoyen a publiquement tenu un stand et s’est affiché.  C’est l’un de nos principaux  axes de travail de réfléchir aux différents moyens de recueillir les attentes et les besoins des gens. »

Céline acquiesce : « Pour que le conseil citoyen soit reconnu, il faut une présence sur le quartier, être visible et à l’écoute » conclut-elle.

Pour aller plus loin:

Cliquez ici pour télécharger le flyer de présentation de la "Boite à dons"

 

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